La question des heures supplémentaires non majorées suscite régulièrement des interrogations chez les employeurs comme chez les salariés. Je vais vous expliquer dans quelles situations précises la majoration habituelle peut ne pas s’appliquer, et surtout, vous préciser qu’il est impossible de la supprimer totalement. Cette problématique touche directement la rémunération des salariés et mérite une attention particulière pour éviter tout malentendu.
📌 Le récap’ de l’article
Les heures supplémentaires non majorées apparaissent sur certaines fiches de paie dans des situations précises.
- La majoration minimale de 10% reste obligatoire et ne peut jamais être totalement supprimée par l’employeur
- Les heures effectuées lors d’une semaine avec absence ou jour férié sont souvent non majorées, sauf accord contraire
- Le cumul de majorations est impossible : seule la plus favorable s’applique (week-end, jours fériés)
- Les accords collectifs peuvent moduler les taux entre 10% minimum et 50% maximum selon les heures
- Un recours devant le Conseil de Prud’hommes est possible pendant trois ans en cas de non-paiement
Pourquoi certaines heures au-delà de 35 heures ne sont pas majorées
Je tiens à vous clarifier immédiatement un point essentiel : la majoration des heures supplémentaires constitue une disposition d’ordre public. Cela signifie qu’aucun employeur ne peut décider unilatéralement de la supprimer. Le Code du travail impose un taux minimal de majoration fixé à 10%, même si un accord collectif existe dans votre entreprise.
En revanche, plusieurs situations expliquent l’apparition de la mention « heures supplémentaires non majorées » sur votre bulletin de paie. La première concerne les absences en cours de semaine. Lorsque vous avez bénéficié d’un jour férié ou pris un jour de congé, les heures effectuées au-delà de 35 heures cette semaine-là ne sont généralement pas considérées comme des heures supplémentaires. Elles sont payées au taux normal, sans majoration, sauf si votre convention collective ou un usage dans votre entreprise prévoit le contraire.
La deuxième situation fréquente apparaît lors d’un cumul avec d’autres majorations. Si vous travaillez un samedi ou un dimanche avec une majoration spécifique de 50%, cette prime ne peut pas se cumuler avec la majoration pour heures supplémentaires. Dans ce cas précis, c’est la majoration la plus favorable qui s’applique. Votre employeur inscrit alors « heures supplémentaires non majorées » sur votre fiche de paie, car vous percevez déjà la majoration week-end. Cette logique s’applique également pour les heures non ouvrées en informatique, où des dispositifs spécifiques de compensation existent.
Une évolution jurisprudentielle récente modifie toutefois cette approche. Depuis septembre 2025, la Cour de cassation a rendu une décision majeure : désormais, vous pouvez prétendre au paiement d’heures supplémentaires sur une semaine où vous avez posé un jour de congé payé. Cette jurisprudence, étendue en janvier 2026 au décompte sur deux semaines, change considérablement la donne pour de nombreux secteurs.
Les limites légales et le rôle de la négociation collective
Je souhaite vous présenter clairement les marges de manœuvre dont disposent les employeurs et les représentants du personnel. Un accord d’entreprise ou de branche peut effectivement moduler le taux de majoration, mais jamais en dessous du seuil minimal légal de 10%. En l’absence d’accord, les taux légaux s’appliquent automatiquement : 25% pour les huit premières heures supplémentaires (de la 36ème à la 43ème heure) et 50% au-delà.
Voici les différents niveaux de taux applicables selon votre situation :
| Situation | Taux de majoration minimum | Taux de majoration standard |
|---|---|---|
| Heures 36 à 43 (sans accord) | 10% | 25% |
| Heures 44 et plus (sans accord) | 10% | 50% |
| Avec accord collectif | 10% | Variable selon accord |
| Accord de performance collective | 10% | Variable mais ≥ 10% |
Les accords d’entreprise priment désormais sur les accords de branche concernant la rémunération des heures supplémentaires. Cette hiérarchie des normes, issue des ordonnances Macron, permet à votre entreprise de définir un taux inférieur à celui prévu par la branche, tout en respectant le plancher légal de 10%. Même un accord de performance collective, destiné à préserver l’emploi ou la compétitivité, ne peut descendre sous cette barre.
Le contingent annuel d’heures supplémentaires représente également une limite importante. Sans accord collectif, ce contingent s’élève à 220 heures par an et par salarié. Au-delà, vous bénéficiez obligatoirement d’une contrepartie en repos, fixée à 50% des heures dans les entreprises de 20 salariés maximum, et 100% au-delà. Cette organisation du temps de travail s’apparente à celle établie pour le travail en 12h, qui nécessite également une planification rigoureuse.
Vos droits face aux situations problématiques
Je vous accompagne maintenant sur les recours possibles si vous constatez des anomalies. Lorsque votre employeur ne rémunère pas correctement vos heures supplémentaires, plusieurs étapes s’offrent à vous. Je vous recommande d’abord une approche amiable en adressant une lettre recommandée avec accusé de réception détaillant précisément les heures concernées.
Les éléments de preuve que vous pouvez rassembler incluent :
- Les relevés du système de pointage de votre entreprise
- Vos courriels professionnels horodatés
- Votre agenda professionnel détaillé
- Les attestations de collègues témoins
- Tout document montrant la charge de travail imposée
Vous disposez d’un délai de trois ans pour saisir le Conseil de Prud’hommes. En cas de litige, la charge de la preuve est partagée : vous devez apporter des éléments laissant supposer que vous avez effectué des heures supplémentaires, puis votre employeur doit prouver soit que ces heures n’ont pas été réalisées, soit qu’elles l’ont été de votre propre initiative. Cette souplesse dans les modes de preuve facilite votre démarche.
Le non-paiement intentionnel constitue un délit de travail dissimulé, passible de sanctions pénales pour l’employeur. Si votre contrat est rompu dans ce contexte, vous obtenez une indemnité forfaitaire égale à six mois de salaire. Ce manquement grave peut même justifier une prise d’acte de la rupture du contrat à vos torts, transformée en licenciement sans cause réelle et sérieuse par le juge.
Dans certaines situations spécifiques, notamment pour une demande de télétravail pour raison familiale, l’organisation du temps de travail peut faciliter le décompte précis de vos heures. Les représentants du personnel, lorsqu’ils existent dans votre entreprise, constituent également des interlocuteurs précieux pour vous accompagner dans vos démarches. Le CSE doit d’ailleurs être informé annuellement des modalités d’utilisation du contingent d’heures supplémentaires.


