Lorsque je reçois des questions sur l’arrêt maladie pendant la période d’essai, je constate que les situations liées à la dépression soulèvent de nombreuses interrogations. Je vais vous apporter les éléments essentiels pour comprendre vos droits et les règles applicables dans ce contexte particulier.
📌 Le récap’ de l’article
La période d’essai peut être rompue même en arrêt maladie pour dépression.
- La rupture reste possible pendant l’essai avec arrêt pour dépression, mais ne peut jamais être motivée par l’état de santé sous peine de discrimination
- L’arrêt maladie prolonge automatiquement la période d’essai d’une durée équivalente à l’absence, dans la limite des durées maximales légales selon votre catégorie professionnelle
- Les indemnités journalières continuent après la rupture si l’arrêt reste médicalement justifié et que vous remplissez les conditions de cotisation
- La rupture à votre initiative équivaut à une démission bloquant l’allocation chômage, sauf situations légitimes reconnues ou possibilité de rétractation pour troubles psychiques
Les règles de rupture pendant un essai avec arrêt maladie
Je tiens à vous expliquer en premier lieu que la rupture du contrat durant la période d’essai demeure possible même si vous êtes en arrêt maladie pour dépression. Cette liberté existe pour l’employeur comme pour le salarié, sans obligation de justification ni versement d’indemnités, sauf dispositions conventionnelles particulières. Par contre, je dois insister sur un point fondamental : cette rupture ne peut jamais être motivée par votre état de santé.
Votre employeur doit fonder sa décision sur vos compétences professionnelles et non sur vos absences ou votre dépression. Si la rupture était fondée sur votre état de santé, il s’agirait d’une discrimination engageant la responsabilité civile et pénale de l’entreprise. Je vous conseille vivement de vérifier les motifs invoqués et de saisir le conseil des prud’hommes en cas de suspicion de discrimination liée à votre pathologie.
Concernant le délai de prévenance, votre employeur doit respecter des durées spécifiques selon votre ancienneté dans l’entreprise :
- 24 heures si vous avez moins de 8 jours de présence
- 48 heures entre 8 jours et un mois de présence
- 2 semaines après un mois d’activité
- 1 mois après 3 mois de présence effective
Je recommande que cette rupture vous soit notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Ces formalités, bien que simplifiées, restent essentielles pour sécuriser la procédure des deux côtés.
La prolongation automatique de votre essai
Votre arrêt pour dépression entraîne automatiquement la prolongation de votre période d’essai. Cette règle s’applique quelle que soit la cause de suspension du contrat. La date de fin initiale est repoussée d’une durée équivalente à votre absence, calculée en jours calendaires, dans la limite de la période d’essai restant à courir.
Je vous propose des exemples concrets pour illustrer ce mécanisme. Si vous êtes embauché avec 4 mois d’essai et que vous êtes arrêté 2 semaines après 1 mois d’activité, votre période d’essai sera prolongée de 2 semaines complètes. En revanche, si cet arrêt de 2 semaines intervient 1 semaine avant la fin prévue de votre essai, la prolongation ne sera que d’1 semaine, correspondant à la durée non effectuée.
Je note que cette prolongation respecte toujours les durées maximales légales fixées pour chaque catégorie professionnelle. Vous ne pouvez donc pas dépasser ces limites, renouvellement inclus :
| Catégorie professionnelle | Durée initiale maximale | Avec renouvellement |
|---|---|---|
| Ouvriers et employés | 2 mois | 4 mois |
| Agents de maîtrise et techniciens | 3 mois | 6 mois |
| Cadres | 4 mois | 8 mois |
Vos droits aux indemnités journalières après la rupture
Je veux vous rassurer immédiatement : la rupture de votre contrat, qu’il s’agisse d’un licenciement, d’une rupture conventionnelle ou d’une fin de période d’essai, n’interrompt pas le versement de vos indemnités journalières. Cette garantie est fondamentale pour votre protection sociale pendant votre dépression.
Pour continuer à percevoir ces indemnités, vous devez remplir deux conditions essentielles. En premier lieu, votre arrêt doit rester médicalement justifié. Deuxièmement, vous devez continuer à satisfaire les conditions d’ouverture de droits, notamment avoir cotisé 150 heures sur les 3 mois précédant l’arrêt. Je vérifie régulièrement que ces critères sont bien compris par les personnes que j’accompagne.
Votre caisse primaire d’assurance maladie maintiendra son indemnisation tant que votre médecin estime que votre état de santé ne permet pas d’exercer votre activité professionnelle. Le volet destiné à l’employeur devra être transmis à France Travail si nécessaire ou conservé pour vos démarches ultérieures. Je précise qu’un arrêt maladie ne peut jamais remplacer des congés payés auxquels vous n’auriez pas droit.
Les conséquences sur vos allocations chômage
Je dois vous alerter sur un point délicat : si vous prenez l’initiative de rompre votre période d’essai pendant votre dépression, cette rupture s’apparente à une démission. Vous ne bénéficierez pas de l’allocation chômage, sauf situations spécifiques de démissions légitimes reconnues par France Travail.
En revanche, si vous étiez déjà indemnisé au moment de cette rupture, le versement de votre allocation peut se poursuivre dans trois cas précis. Pour commencer, si vous justifiez de moins de 88 jours travaillés ou 610 heures travaillées depuis l’ouverture de vos droits. Deuxièmement, si votre contrat représentait moins de six jours travaillés ou huit jours calendaires. Troisièmement, si votre contrat correspondait à moins de 17 heures hebdomadaires.
Je vous informe également qu’en cas de démission non légitime, vous pouvez demander un réexamen de votre situation après quatre mois de chômage auprès de l’instance paritaire régionale. L’allocation peut être attribuée à compter du 122e jour si la décision est favorable. Cette possibilité mérite d’être étudiée, surtout dans les contextes de fragilité psychologique comme la dépression.
Enfin, je souligne que des circonstances particulières peuvent justifier une rétractation de votre démission : décision prise sous le coup de l’émotion, sous l’emprise de troubles psychiques comme une dépression nerveuse, ou suite à des pressions de votre employeur. Si votre employeur accepte cette rétractation, votre contrat se poursuit normalement. En cas de refus, vous pouvez saisir le conseil des prud’hommes pour demander l’annulation de votre démission ou sa requalification en prise d’acte.


